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La chasse aux papillons

Il était une fois, un Petit Diable qui vivait paisiblement dans la Forêt des Contes Enchantés. Le Petit Diable avait fort bon caractère et était apprécié de tous. Il était également très maladroit, ce qui lui valait souvent de récolter des ennuis.
Un matin, alors que le Petit Diable s’amusait avec le balai magique que lui avait offert sa tante, sorcière à Salem, il percuta violemment un hibou qui volait sur le même chemin. Paniqué, le Petit Diable freina immédiatement sa course pour vérifier que le hibou ne s’était pas froissé une aile. À peine eut-il posé un pied au sol, l’oiseau se métamorphosa et reprit forme humaine. Il s’agissait en fait d’un Enchanteur qui résidait à l’entrée de la forêt. Le Petit Diable en resta sans voix.
« Je suppose que tu es satisfait ! s’emporta l’Enchanteur. 
Tu aurais pu me briser les pattes avec ton engin de mort ! Mon genou va encore passer le mois à grincer, comment vais-je pouvoir chasser le papillon dans cet état ?
- Chasser le papillon ? l’interrogea le Petit Diable intrigué.
- Parfaitement ! s’énerva plus fort encore l’Enchanteur. J’ai épuisé mon stock de poussière de papillons aux jolies ailes dorées et il s’avère que c’est l’ingrédient principal de mon filtre de chance. Avec le genou dans cet état, se lamenta le vieux magicien, inutile de songer à se transformer.
- Puisque c’est par ma faute que vous vous trouvez ainsi, j’irai pour vous chasser le papillon », déclara alors le Petit Diable au bon cœur.


L’ Enchanteur se trouva enchanté de son offre et c’est avec empressement qu’il lui indiqua le chemin à suivre pour trouver la clairière des papillons aux jolies ailes dorées. Filet en main, le Petit Diable partit en quête sur-le-champ. 

Il marchait depuis moins de vingt minutes lorsqu’il croisa une rivière au flot si paisible qu’on l’aurait dite ensommeillée. Le Petit Diable se rendit soudain compte qu’il était assoiffé et se pencha au bord de l’eau pour se rafraîchir de quelques gorgées. Un poisson qui passait par là le fit trébucher et, avant qu’il ne puisse comprendre ce qui lui arrivait, le Petit Diable plongea, dans la rivière.
Il ne savait pas nager et se crut perdu mais une sirène surgit alors d’un buisson d’algues pour le ramener au bord. Elle était splendide. Dotée d’une sauvage chevelure rousse si étincelante que le Petit Diable redouta un instant d’avoir été envoyé au paradis par erreur et de se trouver face à l’ange chargé de l’accueil.


« Bonjour, le salua la Petite Sirène. Curieuse façon de se baigner que tu as là Petit Diable. 
- Je ne me baignais pas, je ne sais pas nager, expliqua-t-il avant de la remercier de lui avoir sauvé la vie.
- Tu as eu de la chance que je sois dans les parages. Si je ne cherchais pas mon médaillon, tu ne serais plus de ce monde.

- Ton médaillon ? demanda le Petit Diable. À quoi ressemble-t-il ? Je peux peut-être t’aider.
- Sûrement même ! s’exclama la sirène. Je l’ai perdu pendant que je me baladais et je soupçonne le cupide Martin-Pêcheur qui vit sur l’autre rive d’avoir mis la main dessus. Tu serais un véritable amour d’aller pour moi vérifier dans son nid. Mon médaillon est en or. Il s’ouvre en deux et contient une mèche de cheveux offerte par chacune de mes sœursJamais elles ne me pardonneront si l’une d’entre elles apprend que je l’ai égaré. »

Diable se rendit jusqu’au sapin où résidait le cupide Martin-Pêcheur. Il apprit par un castor qui rôdait au pied du tronc que l’oiseau vivait au dernier étage de l’arbre gigantesque. Le Petit Diable avait le vertige mais, désireux d’impressionner la Petite Sirène, n’en montra rien et se résolut à escalader. Il arrivait à la moitié du parcours lorsqu’une noisette, puis deux, puis trois vinrent percuter son front encorné. 
Le Petit Diable leva la tête et tomba nez à nez avec la horde d’écureuils qui vivaient au sixième étage et n’appréciaient pas du tout qu’un petit bonhomme rouge se permette d’emprunter leur escalier. Assailli de toutes parts, notre petit héros perdit l’équilibre et se vit contraint de battre en retraite. Il regagna piteusement la rivière et fit, honteux, le récit de ses malheurs à la petite sirène.

« Décidément, s’agaça la sirène, tu es aussi valeureux que bon nageur ! Puisque tu fuis devant une petite bande d’écureuils, va, tu ne m’es plus d’aucune utilité. »

Le Petit Diable baissa tristement la tête et, peiné, reprit son chemin vers la clairière où l’attendaient les papillons aux jolies ailes dorées.


Il marchait depuis moins d’une heure lorsqu’il tomba sur un petit coin regorgeant de champignons à l’allure appétissante. Le Petit Diable se rendit soudain compte qu’il était affamé et s’agenouilla pour cueillir le plus rouge d’entre eux.

« Éloigne-toi malheureux ! » s'écria alors une voix féminine derrière lui. 

Le Petit Diable se retourna et découvrit une charmante petite fille vêtue d’un capuchon rouge vif.

« Ces champignons sont vénéneux, lui apprit-elle. Tu serais mort en quelques minutes si je n’avais été dans les parages à cause de mon panier.
- Ton panier ? demanda le Petit Diable.
- Oui, celui que je dois offrir à ma mère-grand. J’ai rencontré le Loup en chemin et ce gredin me l’a dérobé.
- Ne t’en fais pas, la rassura le Petit Diable que le courage gagnait à nouveau, je vais t’aider à le retrouver.

- Tu serais un amour, s’enthousiasma le Chaperon Rouge, si tu parvenais à rattraper le Loup. Il est parti par la gauche et ne doit pas être bien loin. Il te suffira de courir un peu. »


Sans perdre un instant, le Petit Diable suivit la direction indiquée en trottinant. Il trouva rapidement quelques traces de pas du Loup et aperçut bientôt son dos voûté au-dessus d’un terrier. Les babines ruisselantes, l’animal terrorisait un lapin tremblant dont il avait la ferme intention de faire son déjeuner. Le Petit Diable avait très peur mais, désireux d’impressionner le Chaperon Rouge, n’en laissa rien paraître et s’approcha héroïquement du terrier. Le cruel animal n'appréciait pas du tout qu'un petit bonhomme rouge se permette de le dérange et le menaça férocement, les canines prêts à déchirer.

«Je te conseille de déguerpir au plus vite Petit Diable, si tu ne veux pas que je change mon menu en faveur de ta chair indigeste ! »
 

Pris de panique, notre petit héros se vit contraint de battre en retraite et attrapa ses jambes à son cou pour suivre le conseil du Loup. Il regagna piteusement le coin des champignons et fit, honteux, le récit de ses malheurs au chaperon rouge.
« Décidément, s’agaça la petite-fille, tu es aussi doué avec les loups qu’avec les champignons. Puisque tu fuis devant des menaces de pacotille, va, tu ne m’es plus d’aucune utilité. »


Le Petit Diable baissa tristement la tête et reprit, peiné, son chemin vers la clairière où l’attendaient les papillons aux jolies ailes dorées. Il marchait depuis plus de trois heures lorsqu’il rencontra des racines à la mousse si douce qu’elle lui parut plus confortable que son lit. Petit Diable se rendit soudain compte qu’il était épuisé et prit le parti de s’arrêter un moment pour se reposer un peu.
« Ne t'allonge surtout pas ici étranger », l'avertit une voix douce dans son dos.

Il se releva en sursaut et se trouva face à la plus jolie des jeunes filles qui lui dit s’appeler Cendrillon.
« Je suis navrée de gâcher ta sieste, s’excusa-t-elle, mais une sorcière a jeté un maléfice à ces racines qui
étouffent depuis les voyageurs qui osent s’y assoupir.

- Je ne sais comment te remercier, balbutia le Petit Diable. J’aurais rejoint les enfers de mon père si tu n’avais pas été dans les parages.
- Ce n’est rien, lui assura Cendrillon. Je cherchais un peu de mousse saine pour soigner mon doigt blessé.
- Que t’est-il arrivé ? Je peux peut-être t’aider, proposa-t'il encore une fois.
- C’est possible, admit la jeune fille à qui sa Marraine avait appris un remède. Mais c’est quelque peu délicat et je ne voudrais pas te gêner. »

Le Petit Diable, qui en avait vu de toutes les couleurs mais rester désireux d'impressionner Cendrillon, masqua sa lassitude et l'encouragea à continuer d'un sourire. 

« Je me suis coupée en filant alors que je terminais de coudre la robe de ma sœur Javotte qui doit épouser le Prince demain. Ma Marraine la Fée a pour coutume d’embrasser mes plaies quand cela arrive afin qu’elles guérissent plus vite. Tu pourrais peut-être la remplacer et m’administrer à sa place le baiser magique. »
Soulagé et ravi de n’avoir qu’à offrir un baiser, le Petit Diable embrassa son doigt délicat avant qu’elle n’ait le temps de terminer sa phrase.

La plaie cicatrisa alors miraculeusement et Cendrillon poussa un cri de joie avant de sauter au cou de notre petit héros pour lui rendre son baiser sur la joue.
« Tu es un véritable amour ! », le remercia-t'elle.


Sentant des ailes de joie pousser au-dessus de sa queue fourchue, le Petit Diable comprit qu’il tombait amoureux et ne voulut plus quitter Cendrillon. Il lui expliqua qu’il devait trouver les papillons aux jolies ailes dorées afin d’apporter leur poussière à l’Enchanteur qu’il avait malencontreusement blessé puis croisa les doigts en lui demandant de l’accompagner. Lassée de filer sa quenouille, Cendrillon s’empressa d’accepter et c’est bras dessus, bras dessous qu’ils traversèrent les bosquets pour gagner la clairière.

 

L'endroit était merveilleux, inondé d'une lumière plus douce encore que les blonds cheveux de Cendrillon. Voletant parmi les coquelicots et boutons d’or, des milliers, peut-être même des millions de papillons aux jolies ailes dorées éblouirent le Petit Diable qui en fit tomber son épuisette. Riant aux éclats de sa voix cristalline, Cendrillon la ramassa et entra en dansant dans leur joyeuse chasse aux papillons. Ils s’amusèrent follement, attrapèrent des dizaines d’insectes dorés et regrettèrent de constater que leur panier était déjà rempli.
C’est à contrecœur que le Petit Diable et Cendrillon quittèrent la clairière pour retrouver leurs chaumières respectives mais ils se promirent d’y revenir souvent jouer ensemble. Le pas plus léger, le Petit Diable alla porter les papillons à l’Enchanteur qui, ravi par la large quantité de poussière d’or dont il disposait désormais, reprit activement la concoction du filtre de chance sans plus penser à son genou endolori.


Quant au Petit Diable et sa Cendrillon, on les croise encore parfois dans la clairière, partageant leur amour sans condition sous la bénédiction des papillons aux jolies ailes dorées.